Dans l’énergie comme dans les télécoms, la notion de « commodity » n’est plus un concept, c’est une réalité opérationnelle.

C’est ce qui explique que de nombreux fournisseurs de services se transforment aujourd’hui en éditeurs de logiciels.
Certaines initiatives sont particulièrement abouties. Kraken, la plateforme d’Octopus, cherche à s’imposer comme un standard global, au point d’être progressivement séparée structurellementpour éviter tout conflit d’intérêt et adresser le marché de manière neutre. Rakuten a suivi une logique similaire en distinguant clairement Rakuten Mobile de Rakuten Symphony : les opérateurshésitent, à juste titre, à confier leur système nerveux à un concurrent direct.
Et c’est bien là le sujet.
Si votre facturation, vos abonnements, votre catalogue produit et vos parcours clients constituent le cœur de votre réacteur… êtes-vous réellement prêt à en confier la conception à un rival ?
Car au-delà de la perception, il existe une réalité plus structurelle : un logiciel conçu pour servir le modèle opérationnel d’un acteur donné est rarement pensé pour s’adapter naturellement à d’autres. Il embarque des choix de roadmap, des hypothèses commerciales et des points de contrôle qui ne deviennent visibles qu’une fois la dépendance installée.
D’où une question, inconfortable mais très concrète : est-il réellement pertinent d’allouer un budget stratégique à une plateforme qui pourrait, directement ou indirectement, renforcer un concurrent ?
Dans des marchés régulés, ces enjeux ne sont pas théoriques. Certains acteurs ont déjà pris des décisions claires pour éviter toute dépendance structurelle : diversification des fournisseurs, exigence de neutralité des plateformes, ou refus de confier leurs systèmes cœur à des acteurs en situation de concurrence.
Pour les plateformes cœur, les solutions best-of-breed, conçues dès l’origine comme neutres vis-à-vis des acteurs du marché, offrent généralement un cadre plus robuste. Non pas par idéalisme, mais parce que la neutralité se conçoit dès le départ, elle ne se corrige pas une fois la dépendance installée.
La question de fond est donc la suivante : à mesure que les fournisseurs deviennent éditeurs, les gagnants seront-ils ceux qui s’appuient sur un système conçu ailleurs ou ceux qui choisissent de préserver l’indépendance et la neutralité de leur cœur ?





